Nous débutons notre journée par la visite à 10h de la Collégiale de l’Assomption de la Vierge à VILLEMAUR-SUR-VANNE (Aube)
Classée en 1982 monument historique, la Collégiale a compté 9 chanoines d’où son importance historique et artistique pour un village d’aujourd’hui 500 habitants.
Les constructions s’échelonnent du 13°au 18° S.
La tour-clocher haute de 33 m. a une charpente en chêne recouverte d’essentes de chataignier (tuiles de bois). Elle s’élève sur 4 niveaux. La visite intérieure est d’une étonnante richesse : la nef du 16° S en bois a la forme d’une carène renversée et le chœur est du 13° S.
Elle nous conduit à la pièce maitresse : le Jubé en chêne sculpté, à l’origine polychrome, datant de 1521. Il n’en reste que 4 en France.
Un émouvant calvaire du 16°S le surplombe : le Christ en croix, Marie le regard baissé et l’apôtre Jean.
Côté nef, de style renaissance, 15 scènes illustrent la Passion du Christ. Côté chœur, de style gothique flamboyant, 11 scènes « racontent » la vie de la Vierge. Ces scènes étaient un livre d’instruction et de méditation pour le peuple. Elles sont inspirées des gravures de Durer, Cranach et Schongauer.
De nombreuses statues en bois ou en pierre offrent une riche vision de l’école champenoise. St Flavit , un Saint local du 6°S canonisé après sa mort, Ste Barbe tenant la palme des martyrs, la Vierge de l’Annonciation tenant un livre et l’Ange Gabriel, en pierre calcaire peinte et dorée du 16°S, Ste Anne apprenant à lire à sa fille la jeune Marie, St Michel terrassant le dragon et bien d’autres encore avec des panneaux explicatifs fort bien documentés expliquant la statuaire et les nombreuses restaurations du bâtiment faites et à venir.
Notre deuxième étape nous conduit à TROYES pour une exposition historique et unique sur la Champagne au temps des Comtes « Passavant le Meilleur » c’est à dire Passe avant le meilleur, cri de guerre et de ralliement lors des batailles et des tournois, devise attribuée au Comte Thibaut IV au 13° siècle. 4 siècles d’histoire médiévale pour acquérir une connaissance imbattable sur les Comtes de Champagne!
I) L’histoire du Comté et de son lignage débute le parcours politique et historique du Comté de Blois à la Champagne et la Navarre (par les femmes). Thibaud IV accède au royaume de Navarre en 1234 par sa mère Blanche de Navarre et c’est par la dernière Comtesse de Champagne – Jeanne de Navarre – Reine de France et de Navarre que les domaines des Thibaut sont réunis à la Couronne.
Les rois de la dynastie thibaudienne Thibaut IV-V-VI Comtes de Champagne s’appelleront Comtes-Rois.
II) La société champenoise : c’est une aristocratie qui protège farouchement ses coutumes et ses droits surtout de succession pour les hommes et les femmes, les comtes et les comtesses.
de nombreux documents sceaux, parchemins, chartes de donations retracent cette société et son administration « à distance » entre Champagne et Navarre.
III) L’importance de la Champagne comme lieu de rencontre des hommes et des idées est soulignée à travers des figures intellectuelles et littéraires :
– Bernard de Clairvaux : 500 lettres conservées
– Chrétien de Troyes : parchemin du « Conte du Graal »
– Abélard dont les thèses à succès ont été condamnées par Bernard de Clairvaux.
IV) Une salle présente 18 panneaux de vitrail de la cathédrale romane de Troyes fin du12°S réunis pour la première fois et provenant des Etats Unis, du Royaume Uni, du Quebec et de France autour du récit de miracles et de la vie de la Vierge et de St Nicolas : la tentation des pains , la Rédemption typologique.
V) Des sculptures témoignent d’une évolution au profit du corps en mouvement ainsi la descente de croix et des émaux cloisonnés fin 12°S provenant de la cathédrale de Troyes, des tissus brodés complètent la richesse artistique de cette époque.
En conclusion de cette vaste exposition : l’intégration du Comté de Champagne au Royaume de France s’est fondue dans l’ensemble des Capétiens.
Après des années compliquées, la mémoire du Comté ressurgit au 19°S et surtout au 20°
et 21°S avec des manifestations « médiévales »!
Pour terminer sur un plaisir bien français : La Maison Taittinger a nommé sa plus
prestigieuse cuvée dès 1952 « Comtes de Champagne ».
Nous terminons notre journée culturelle par la visite de l’église St Jean Baptiste à CHAOURCE.
L’église actuelle d’architecture gothique résulte de deux époques distinctes du 13° au 16°S.
Le choeur du 13°S est la partie la plus ancienne appelée « église-halle »sous le règne du Comte de Champagne Thibaut IV.
La nef et les chapelles latérales ont été construites au 16°S suite à l’épidémie de peste noire et de la guerre de Cent Ans.
Le vaisseau central est plus élevé qu’à l’origine et l’intérieur est un vrai musée de la statuaire troyenne.
Citons quelques statues : Ste Barbe à la longue chevelure blonde tenant la palme des martyrs (comme à Villemaur) en pierre polychrome et à côté Ste Marguerite d’Antioche qui tient un crucifix , l’éducation de la Vierge : Ste Anne apprenant à lire à la jeune Marie, St Robert portant l’abbaye de Molesme et de Citeaux, un retable de l’Annonciation d’origine rhénane de la première moitié du 15°S, un émouvant retable de la Passion, St Hubert qui s’agenouille et arrête de chasser devant la vision du Christ entre les bois d’un cerf.
Une crèche en bois doré du 16°S comprend 22 figures mobiles. Sur les panneaux extérieurs des scènes de la vie de la Vierge, l’adoration des bergers et des Rois mages.
Un mot des vitraux qui conservent de belles verrières illustrant le Jugement dernier et l’Apocalypse.
Mais l’oeuvre maitresse de l’église, considérée comme l’une des plus belles d’Europe est
la Mise au Tombeau ( datée de 1515 )par le Maître de Chaource peut être Jacques Bachot. Malheureusement en restauration pour 2 ans. Une vidéo très complète permet d’en connaitre l’histoire et d’identifier les personnages.
La chapelle du Sépulcre qui l’abrite a des dimensions imposantes :190 x 300 x 122 cm. Elle est en contrebas du choeur reliée par deux issues dont l’une réservée au clergé.
7 personnages grandeur nature mettent au tombeau le Christ. Parmi eux Joseph d’Arimacie tient le Saint Suaire pour présenter le Christ à sa Mère, Marie, penchée dans la douleur et le visage dans l’ombre, St Jean derrière elle la soutient, Marie Madeleine tient un vase d’onguents pour l’embaumement, Marie Cléophas tient la couronne d’épines. Il faut savoir que cette scène n’existe pas ainsi dans les Ecritures.
On voit aussi les 2 principaux donateurs agenouillés Nicolas Monstier et son épouse. On peut lire : » Nicolas de Monstier Capitaine de Chaource et damoiselle Jacqueline de Laignes sa femme etc… firent faire ce présent sépulcre en l’an mil cinc cens et quinze ». A l’entrée 3 gardes au regard farouche, pique à la main, fixent la scène.
Terminons sur l’orgue de Louis Bé (1696) classé monument historique en 1959, restauré à Troyes en 1976 et en parfait état de fonctionnement selon son titulaire Géraud Guillemot.
Le buffet de bois sculpté et les colonnes torses datent de la fin du 17°S. Il comprend 25 jeux.
Chaque année un festival d’orgue a lieu en juillet et août à l’initiative de G. Guillemot qui a crée aussi le festival d’orgue de St Florentin .
On ne pouvait pas quitter Chaource sans compléter les nourritures spirituelles par quelques fromages AOP Chaource bien sûr à la fromagerie artisanale …
Une journée très dense et très chaude mais riche de beaux moments.
La plupart des photos de cette page ont été prises par des membres de l’association Philippe Lescat (celle de l’église de Villemaur provient du site de la Fondation du Patrimoine sur l’église de Villemaur et celle de la crèche de l’église de Chaource provient du site de la commune de Chaource)






















