Retour à L’aPL a organisé

2004 – Concert-hommage annuel

Le 27 mai 2004

Comme tous les ans à la même époque, l’association organise un concert en hommage à Philippe Lescat.

Cette année « carte blanche » a été donnée à Emmanuel Mandrin pour le choix des oeuvres et des interprètes. Il a voulu s’associer à l’année Charpentier.

Programme :

Marc-Antoine CHARPENTIER
Messe pour le Port-Royal

Nicolas CLERAMBAULT
Miserere, psaume 50 à trois parties

Par l’ensemble « Mignonne, »
9 chanteuses, un orgue et une basse de viole

Libre participation aux frais.

Ce concert vous convie à entendre les musiques chantées dans des couvents ou des institutions religieuses de femmes à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècles. La première œuvre, la Messe pour le Port Royal de Charpentier, était destinée à un monastère parisien, alors que la deuxième, le Miserere de Clérambault, devait prendre place dans les offices de la Maison royale de Saint-Cyr.

Messe pour le Port Royal de Marc-Antoine Charpentier

Charpentier a écrit cette messe pour le couvent du Port-Royal dans le faubourg Saint-Jacques à Paris, probablement en 1687. À cette époque, le monastère cistercien n’a plus guère de lien avec le jansénisme : depuis que Louis XIV l’avait séparé de Port-Royal-des-Champs, il était rentré dans la ligne officielle de l’église catholique. La messe a sans doute été prévue pour une fête du couvent, célébrée en l’honneur du frère de l’abbesse, l’archevêque de Paris François Harlay de Champvallon. C’est pourquoi elle se compose d’un ordinaire (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Benedictus et Agnus Dei) et d’un propre, c’est-à-dire de pièces plus spécifiques liées au calendrier liturgique. Le propre est dédié ici à un saint, Saint François, hommage évident au prélat. La musique a dû être exécutée dans la belle église du couvent -toujours existante-, construite par Le Pautre et décorée de tableaux de Philippe de Champaigne.

Charpentier s’est soumis aux moyens restreints dont disposait le couvent : son œuvre est écrite pour deux solistes femmes, avec quelques passages à trois, un chœur de femmes, presque toujours à l’unisson, et un seul instrument, l’orgue. L’écriture musicale est empreinte d’une austérité qui rappelle le passé janséniste des moniales : peu de vocalises ou d’ornements, traitement en majorité monodique, simplicité de l’harmonie. Cependant cette rigueur n’empêche pas Charpentier de déployer ses talents de compositeur : dans un souci de variété, il joue sur des alternances entre voix solistes et chœur. C’est le cas du premier Kyrie où se succèdent des interventions des deux « chantres », alternativement ou ensemble, avant que le chœur de femmes ne conclue la pièce. Certains passages sont mis en valeur par un traitement particulier : dans l’ « Incarnatus est » du Credo, une polyphonie à trois voix laisse place, après les mots « Et homo factus est », à « un grand silence » expressément demandé par Charpentier. De même, le duo pour l’Offerte à Saint-François se détache de l’ensemble par son caractère orné et plus gracieux.

Bertrand Porot.

Miserere de Nicolas Clérambault

En mars 1715, avec les Dames de Saint-Cyr, Nicolas Clérambault signe son contrat d’engagement d’organiste et de maître de musique. La Maison royale fut ouverte par Madame de Maintenon en août 1686 pour les jeunes fille pauvres de la noblesse. […] Par contrat, l’ancien élève d’André Raison s’engage « d’avoir soin de leurs chants d’église, faire en sorte qu’ils ne soient corrompus, de faire répéter de temps en temps les Dames et Demoiselles pour garder l’uniformité des voix et du chant dans les offices divins » ; il doit également toucher l’orgue et l’entretenir.

Prenant sa tâche au sérieux, il édite en 1733 deux volumes intitulés Chants et Motets à l’usage de l’Eglise et Communauté des Dames de la royale Maison de Saint-Louis à Saint-Cyr. À côté d’anciens motets de Nivers, revus et mis au goût du jour, se trouvent ses propres motets et du plain-chant gravé en notation moderne avec des mélodies enrichies d’agréments. Tous les motets appartiennent à la forme du « petit motet » : ils sont écrits pour deux parties (dessus et bas-dessus) alternées entre solistes et chœurs. Conçus pour l’usage exclusif de la Maison, la partie de basse-chiffrée (inutile aux chanteuses) n’y figure pas.

Heureusement plusieurs sources viennent combler cette importante lacune, elles proviennent également de l’institution. La principale est un manuscrit conservé à la bibliothèque de Versailles. […] C’est grâce à toutes ces sources qu’a pu être retracée la vie musicale et liturgique de Saint-Cyr sous Nicolas Clérambault.

Philippe Lescat
(Pochette du CD Louis-Nicolas Clérambault, Chants et motets, « Les Demoiselles de Saint-Cyr », direction Emmanuel Mandrin, 1994. )

L’œuvre présentée ici, le Miserere, évoque les psaumes que chantaient les demoiselles en fin d’après-midi pendant les Vêpres. Le texte de ce psaume de pénitence, qui prend place pendant la Semaine Sainte ou l’office des morts, a fait l’objet d’un traitement particulièrement expressif durant la période baroque. Celui de Clérambault, à trois voix solistes, s’inscrit dans cette veine : son écriture est d’une grande richesse. La supplication s’exprime par des dissonances et des mouvements mélodiques ascendants (« Misere mei Deus »). L’écriture use d’effets contrastés : homophonie, imitations voire section fuguée comme dans le « Tunc acceptabis ». Enfin, une des caractéristiques de l’œuvre réside dans le mélange des goûts italiens et français, si prisé en ce début de XVIIIe siècle.

Bertrand Porot.

Lien Permanent pour cet article : https://www.philippe-lescat-asso.fr/evenements/lapl-a-organise/2004-concert-hommage-annuel/